Permis d’exploitation : la formation, sa durée et ce qu’elle couvre

Mis à jour le 6 septembre 2026

Beaucoup de projets de restaurant se heurtent au même contretemps : le bail est signé, les travaux avancent, et l’exploitant découvre qu’il ne peut pas ouvrir parce qu’une formation de trois jours n’a pas été suivie. Le permis d’exploitation est l’une des rares pièces qui ne s’obtiennent pas en quelques jours et qui bloquent tout le reste.

Ce document n’est ni un diplôme, ni une licence, ni une autorisation d’ouverture. C’est l’attestation qu’une formation obligatoire a été suivie. Cette page dit qui est concerné, combien de temps la formation dure selon la situation, ce qu’elle couvre, et à quel moment du calendrier elle doit être placée.

En bref : le permis d’exploitation s’impose à toute personne qui exploite un débit de boissons à consommer sur place ou un établissement titulaire d’une licence restaurant. La formation dure vingt heures au minimum, réparties sur au moins trois jours, et se réduit à six heures pour qui justifie de dix ans d’expérience en qualité d’exploitant. Le permis vaut dix ans, puis se prolonge par une formation de mise à jour. Il ne remplace ni la licence, ni la déclaration en mairie, ni la formation en hygiène alimentaire.

Qui doit détenir un permis d’exploitation ?

L’article L3332-1-1 du code de la santé publique vise deux situations. La première est l’exploitation d’un débit de boissons à consommer sur place : bar, café, brasserie, discothèque. La seconde est l’exploitation d’un établissement pourvu de la petite licence restaurant ou de la licence restaurant, c’est-à-dire un restaurant qui sert de l’alcool à l’occasion des repas.

L’obligation pèse sur la personne qui exploite, pas sur l’établissement. Concrètement, c’est le dirigeant, le gérant ou l’exploitant en nom propre qui suit la formation et à qui l’attestation est délivrée. Un salarié formé ne couvre pas son employeur, et un permis ne se prête pas d’un établissement à un autre exploitant.

Un point revient souvent : un restaurant qui ne sert aucune boisson alcoolisée n’a besoin d’aucune licence de débit de boissons, et n’entre donc pas dans le champ de l’obligation. Dès qu’un verre de vin figure à la carte, en revanche, la licence devient nécessaire et le permis avec elle. La question des licences est détaillée dans notre page sur la licence restaurant.

Les personnes qui vendent uniquement à emporter ou à livrer, sans consommation sur place et sans alcool, restent hors du dispositif. Le sujet est traité dans notre page sur les démarches d’ouverture.

Combien de temps dure la formation ?

Le texte fixe un plancher, pas une durée unique. Trois cas se distinguent, et la différence entre eux se compte en jours de fermeture.

Situation Durée minimale Répartition
Première demande, sans expérience d’exploitant 20 heures Au moins 3 jours
Mutation, translation ou transfert avec 10 ans d’expérience en qualité d’exploitant 6 heures 1 journée
Renouvellement au terme des 10 ans 6 heures 1 journée
Vente à emporter de boissons alcoolisées entre 22 heures et 8 heures 7 heures 1 journée

La ligne des dix ans d’expérience est celle qui se lit le plus mal. Elle suppose une expérience en qualité d’exploitant, pas en qualité de salarié : vingt ans de cuisine chez un employeur n’ouvrent pas droit à la version courte. Elle suppose aussi une opération de mutation, de translation ou de transfert, c’est-à-dire la reprise ou le déplacement d’une licence existante, et non une création.

La formation est dispensée par un organisme agréé par le ministre de l’intérieur. Un organisme non agréé délivre une attestation sans valeur, et le cas se produit assez régulièrement pour justifier une vérification de l’agrément avant de payer.

Que contient l’enseignement ?

Le programme n’a rien d’un cours de gestion. Il porte sur les obligations et les responsabilités qui pèsent sur un exploitant de débit de boissons, et il est construit autour de la prévention.

  • La législation des débits de boissons. Les groupes de boissons, les licences, les zones protégées autour des écoles et des hôpitaux, les horaires d’ouverture fixés par arrêté préfectoral.
  • La protection des mineurs. L’interdiction de vente d’alcool aux mineurs, l’obligation d’affichage, les contrôles d’âge et les sanctions encourues.
  • La lutte contre l’ivresse publique. Le refus de servir une personne manifestement ivre, la responsabilité de l’exploitant en cas d’accident, l’interdiction des offres de boissons à volonté à titre principal.
  • La répression de l’ivresse au volant et les obligations propres aux établissements ouverts la nuit, dont la mise à disposition d’éthylotests.
  • Le bruit et les troubles de voisinage, la fermeture administrative et les motifs qui peuvent la déclencher.

Ce contenu explique pourquoi la formation n’est pas transposable : elle est centrée sur l’alcool et sur l’ordre public, là où la formation en hygiène alimentaire porte sur les denrées. Les deux sont obligatoires dans un restaurant qui sert de l’alcool, et aucune ne dispense de l’autre.

Combien de temps le permis reste-t-il valable ?

Dix ans à compter de sa délivrance. Passé ce délai, une formation de mise à jour des connaissances, d’une durée de six heures, prolonge la validité pour dix nouvelles années.

Deux conséquences pratiques méritent d’être notées. D’abord, le permis suit la personne et non l’établissement : un exploitant qui ouvre un second point de vente n’a pas besoin d’un second permis, tandis qu’un repreneur doit avoir le sien. Ensuite, la date de délivrance mérite d’être notée quelque part, parce que rien ne rappelle l’échéance : c’est au moment d’une reprise ou d’un contrôle que l’expiration se découvre, et il est alors trop tard pour la corriger dans la journée.

Un calcul simple aide à situer l’enjeu. Une formation initiale se réserve rarement à moins de deux à trois semaines dans les zones peu denses. Sur un projet où le loyer commercial court déjà, trois semaines d’attente représentent l’équivalent d’un mois de charges fixes payé sans le moindre couvert servi. C’est la raison la plus concrète de placer cette démarche au tout début du calendrier.

Le permis suffit-il pour ouvrir ?

Non, et c’est la confusion la plus fréquente. Le permis d’exploitation atteste d’une formation suivie. Il ne crée aucun droit à exploiter par lui-même.

Trois pièces distinctes se cumulent. Le permis d’exploitation pour la personne. La licence pour l’établissement, obtenue par création, mutation ou transfert selon les cas. La déclaration préalable en mairie, à déposer avant l’ouverture, à Paris auprès de la préfecture de police. Le permis est demandé à l’appui de cette déclaration, ce qui explique qu’il doive exister avant elle.

S’y ajoutent, selon l’activité, l’immatriculation de l’entreprise, la déclaration de manipulation de denrées animales auprès des services vétérinaires, l’accessibilité et la sécurité incendie du local, et l’affichage réglementaire en salle. L’ordre dans lequel ces démarches s’enchaînent est détaillé dans notre page sur les démarches d’ouverture d’un restaurant.

Que risque-t-on sans permis ?

Exploiter un débit de boissons sans permis d’exploitation est une infraction, et la sanction ne se limite pas à une amende. Le préfet dispose d’un pouvoir de fermeture administrative, qui s’exerce sans attendre une décision de justice et qui peut porter sur plusieurs mois.

Le second risque, moins visible, est assurantiel. Un établissement en infraction sur une obligation d’exploitation se met en difficulté vis-à-vis de son assureur en cas de sinistre lié à l’alcool, et cette difficulté se découvre au pire moment.

Le troisième est patrimonial : une licence exploitée irrégulièrement perd de sa valeur au moment de la revente, et l’acquéreur qui procède à une vérification sérieuse le remarque. Sur ce point, il vaut mieux régulariser tôt que négocier tard.

Questions fréquentes

La formation peut-elle se suivre à distance ?

Une partie de la formation peut être dispensée à distance, à condition que l’organisme soit agréé et que les modalités respectent le volume horaire et la répartition prévus. La vérification de l’agrément reste le point à contrôler avant l’inscription, quel que soit le format proposé.

Combien coûte le permis d’exploitation ?

Le permis lui-même ne coûte rien : c’est la formation qui est payante, et son prix est fixé librement par l’organisme. Il varie sensiblement selon la durée retenue et selon la région. La formation étant une action de formation professionnelle, un financement par le compte personnel de formation est possible lorsque l’organisme est référencé.

Un gérant salarié doit-il le passer ?

C’est la personne qui exploite effectivement le débit de boissons qui doit détenir le permis. Lorsqu’un gérant dirige seul l’établissement au quotidien, c’est lui qui est visé, indépendamment de son statut social. En cas de doute sur la répartition des rôles, la question se pose au service compétent de la mairie ou de la préfecture avant l’ouverture.

Le permis se transmet-il avec le fonds de commerce ?

Non. La licence se transmet, le permis ne se transmet pas : il est attaché à la personne de l’exploitant. Un repreneur doit donc disposer du sien, éventuellement dans la version courte de six heures s’il justifie de dix ans d’expérience en qualité d’exploitant.

Que se passe-t-il si le permis expire en cours d’exploitation ?

L’établissement se retrouve en situation irrégulière à compter de l’expiration, sans qu’aucun courrier ne le signale. La formation de mise à jour se réserve donc avant l’échéance, et non après. Noter la date de délivrance dans le même dossier que la licence évite la mauvaise surprise.

À garder en tête : cette page décrit un cadre général à sa date de mise à jour. Les zones protégées, les horaires d’ouverture et certaines obligations complémentaires relèvent d’arrêtés préfectoraux ou municipaux qui varient d’un département à l’autre. Avant d’engager des frais, la mairie et la préfecture du lieu d’exploitation restent les seuls interlocuteurs à même de délivrer une réponse opposable.

Sources

Sources consultées le 6 septembre 2026.

  1. Légifrance, code de la santé publique, article L3332-1-1, formation et permis d’exploitation : legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041510405
  2. Légifrance, code de la santé publique, articles R3332-4-1 et suivants, organisation des formations : legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665
  3. Entreprendre, service public, débits de boissons et licences : entreprendre.service-public.gouv.fr